Les laveuses du Garon
Le Garon qui coule paisiblement au pied de notre village fut, durant plus d’un siècle, un endroit fort animé, lieu de travail des laveuses de Vourles.
A l’époque, faire la lessive n’était pas une mince affaire et demandait tout un cérémonial, depuis l’installation du linge sale mis à tremper dans le cuveau jusqu’au séchage sur les cordes ou sur le pré ; et pourvu qu’il fasse beau !
Dns les lavoirs de Vourles, par tous les temps, on faisait la lessive familiale, des femmes « à la journée » blanchissaient le linge des familles de notables, des artisans travaillaient pour des Lyonnais, notamment les bourgeois du quartier de Perrache.
Les grandes propriétés possédaient un espace dédié à la blanchisserie. Madame Josette Pourchet raconte : « Dans la propriété Rubelin (qui est devenue le parc municipal de la mairie) mon père était maître-valet-jardinier ; nous habitions la ferme qui occupait l’espace entre l’actuelle mairie et la route. Dans le bâtiment du fond, le long du chemin des Pilonnes, il y avait le hangar de la blanchisserie avec le cuvier, la chaudière et le lavoir. Pour faire la lessive, deux fois par mois, on employait une ou deux laveuses. On ne manquait pas d’eau, il n’y avait pas moins de 7 puits dans la propriété. »
Il faudra attendre les années 1950 pour que les Vourlois aient l’eau courante (le château d’eau date de 1948)… Certes, il y avait de nombreux puits, privatifs, mitoyens ou communautaires mais ils ne fournissaient pas toute l’eau nécessaire au blanchissage. De plus, l’eau des puits, calcaire, ne valait pas l’eau douce de pluie que certains artisans blanchisseurs collectaient dans de grands réservoirs, ni l’eau de notre petite rivière arrivant des Monts du Lyonnais.
L’eau du Garon jouissait d’une bonne réputation ; à en croire les anciens : « L’eau du Garon vaut du savon ». Depuis la première moitié du XIXème siècle, le blanchissage était une activité importante de Vourles. Il existait plusieurs lavoirs sur la rive gauche de la petite rivière dont le plus important « les Plattes », construit en 1826, était couvert et possédait une chambre de chaufferie.
Madame Marguerite Guillon -88 ans- évoque sa maman qui fut laveuse chez la famille Querbes, artisans blanchisseurs. « Elle travaillait pour la Glaudia Querbes et aussi pour des particuliers qui la descendaient en break à cheval et revenaient la chercher une fois la lessive faite. Les dames Querbes employaient des laveuses et des repasseuses car elles travaillaient pour des gens de Lyon. Le Johannès, leur frère, allait en voiture à cheval chaque semaine livrer le linge propre et emporter celui à laver et cela en toute saison… Ah, ma mère, elle l’aimait son Garon ! »
Eh oui, le travail était dur, surtout en hiver quand il fallait parfois casser la glace mais les bavardages et les commérages, le verre de café, la gamelle réchauffée sur le chaudron mettaient du baume au cœur de toutes ces femmes courageuses. L’activité connut son apogée dans le premier tiers du XXème siècle et s’arrêta définitivement dans les années 50.
Aux Plattes, quelques ruines du lavoir ont été visibles jusque dans les années 80 puis la végétation a repris possession de la rive ; il ne nous reste que quelques cartes postales anciennes pour nous souvenir de cette activité vourloise.
Pour en savoir plus sur le blanchissage dans la région, vous pouvez consulter l’ouvrage de Michel Régnier : Souvenirs Des Jours D’Autrefois ; disponible auprès de l’auteur ou en prêt à la bibliothèque.
Mémoires vourloises





